Les Photaumnales 2026 : la photographie interroge son avenir dans les Hauts-de-France
Du 19 septembre au 29 novembre 2026, les Hauts-de-France se transforment en territoire photographique. Pour leur 23e édition, Les Photaumnales reviennent avec une ambition exceptionnelle : 52 expositions, 55 artistes et 37 lieux disséminés à travers toute la région, de Beauvais à Berck-sur-Mer, d’Amiens à la Picardie Verte. Le tout sous une question qui résonne comme un défi : La Photographie et après ?
Un festival ancré dans la mémoire de la photographie
Les Photaumnales ne sont pas n’importe quel festival. Portées par Diaphane, pôle photographique en Hauts-de-France, et dirigées par Fred Boucher avec Emmanuelle Halkin comme commissaire associée, elles s’inscrivent cette année dans la programmation officielle du bicentenaire de l’invention de la photographie en France, labellisée par le ministère de la Culture.
Car les Hauts-de-France ont un lien profond avec l’histoire du médium. Hippolyte Bayard, né à Breteuil-sur-Noye en 1801, est l’une des figures décisives de l’invention de la photographie. Dès 1839, il met au point un procédé positif direct sur papier, concurrent de Daguerre, souvent oublié des manuels. En 2026, les Photaumnales lui rendent un hommage particulier en ouvrant exceptionnellement sa maison natale à Breteuil-sur-Noye, investie par le Cercle Hippolyte Bayard — collectif réunissant cinq centres photographiques de la région.
« La Photographie et après ? » : un thème entre patrimoine et post-photographie
Le titre de cette 23e édition n’est pas une provocation théorique. Il désigne un seuil. La photographie a changé de peau, de supports, de temporalités. Elle s’est faite archive, fiction, installation, matériau numérique, dispositif immersif, territoire contaminé par l’intelligence artificielle. Et pourtant, elle continue de poser la même question : que voit-on quand une image prétend retenir quelque chose du réel ?
Les artistes invités explorent cette question depuis des angles radicalement différents. Nicolas Lebeau transforme la photographie en sabotage, en matière blessée, en glitch contre les images de domination. Cristóbal Ascensio fait dialoguer le mythe de Pénélope, les fichiers corrompus, les fragments de L’Odyssée et le tissage Jacquard. Caroline Ruffault immerge ses pellicules dans des eaux contaminées par la production pétrolière au Texas, laissant la destruction du territoire agir chimiquement sur la surface de l’image. Patrick Waterhouse interroge l’histoire coloniale de la photographie anthropologique avec les communautés Warlpiri d’Australie. Masha Sviatahor démonte les archives de propagande soviétique comme des champs de bataille.
Face à ces propositions contemporaines, la Médiathèque du patrimoine et de la photographie ouvre ses collections pour un vaste parcours consacré à vingt-cinq grands noms de l’histoire photographique : Eugène Atget, Raymond Depardon, Gilles Caron, Jacques-Henri Lartigue, Denise Colomb, Christine Spengler, Guy Le Querrec, Patrick Zachmann, le Studio Harcourt et bien d’autres. Ces œuvres patrimoniales ne sont pas enfermées dans un musée : elles sont disséminées dans les villages, les places publiques, les médiathèques du territoire, pour redevenir une expérience partagée au contact des habitants.
Stéphane Couturier à Beauvais : une résonance particulière
L’un des temps forts de l’édition est l’exposition consacrée à Stéphane Couturier au Quadrilatère de Beauvais, lieu principal du festival. Sous le titre Dynamique combinatoire, ce photographe français majeur y présente un travail où la photographie dépasse le document pour devenir matière de recomposition, réservoir de formes, trame en dialogue avec l’architecture, la peinture, la tapisserie et la céramique. Sa présence prend une résonance particulière à Beauvais : Stéphane Couturier a été lauréat en 2024 du projet de tapisseries célébrant les 800 ans de la cathédrale Saint-Pierre, destinées à être tissées par la Manufacture nationale de Beauvais.
52 expositions dans 37 lieux : une photographie qui sort des musées
Ce qui distingue les Photaumnales des autres festivals, c’est leur ancrage territorial assumé. Les expositions ne se concentrent pas dans une seule ville, mais se déploient dans tout un réseau de communes et de lieux de vie. À Amiens, la Maison de la Culture et Le Safran accueillent des expositions. À Berck-sur-Mer, le musée Opale-Sud présente Berck, une ville écrite par la lumière. À Noyon, Sandrine Elberg installe Planetarium Mineralis. À Chauny, Charles Thiéfaine porte son regard sur la ville. Dans le Clermontois, Agnès Geoffray investit les douves de l’Hôtel de Ville avec Elles obliquent elles obstinent elles tempêtent.
Et dans les villages — Maulers, Warluis, Fay-Saint-Quentin, Francastel, Crèvecœur-le-Grand, Bresles, Fontaine-Bonneleau — des expositions en extérieur transforment la photographie en présence publique, en apparition dans l’espace quotidien, disponible à tous sans pousser la porte d’une galerie.
Week-end d’ouverture, parcours à vélo, stage de procédés anciens
Le week-end inaugural des 26 et 27 septembre 2026 lancera le festival entre Clermont et Beauvais, avec une tournée en bus dans plusieurs communes en présence des photographes. Tout au long de la saison, le festival propose des parcours à vélo dans les villages de Picardie, des visites guidées, des conférences, des lectures de portfolio et des rencontres autour des expositions.
L’un des moments les plus attendus : un stage consacré aux procédés photographiques anciens à la maison natale d’Hippolyte Bayard — cyanotype, papier salé, papier albuminé, Van Dyck, sténopé, fabrication de papiers sensibles. Un retour à la matière, au geste lent, à l’attente de l’image, à rebours de la saturation numérique.
Informations pratiques
Dates : 19 septembre – 29 novembre 2026
Week-end d’ouverture : 26 et 27 septembre 2026
Lieu principal : Le Quadrilatère, 22 rue Saint-Pierre, Beauvais (Oise, Hauts-de-France)
37 lieux partenaires à travers les Hauts-de-France
Entrée : Libre pour la grande majorité des expositions
Site officiel : diaphane.net
